Un plaidoyer pour le français

Où que ce soit, les enseignants de français sont de plus en plus souvent obligés de défendre leur discipline auprès de leurs responsables politiques, éducatifs, scolaires, comme auprès de leurs apprenants et éventuellement des parents, qui estiment parfois inutile et coûteux d’apprendre une langue étrangère autre que l’anglais, surtout quand elle a la réputation d’être difficile et d’être réservée à une élite, comme c’est parfois le cas avec le français. À mon avis, l’avenir de la francophonie dans son ensemble dépend des réponses que chaque enseignant dans le monde pourra donner à cette question sans cesse répétée : « pourquoi apprendre le français ? », et du combat qu’il pourra mener pour maintenir des cours de français au programme de son école, de son institut, de son université, pour y attirer et y garder des étudiants.

On sait que l’image du français comme « langue de culture » (entre guillemets car la distinction « langue de culture/ de service » est discutable) est à double-tranchant, qu’elle peut aussi bien séduire que rebuter les apprenants potentiels, dans le dernier cas quand ils envisagent prioritairement les avantages pratiques des langues étrangères, comme y encourage l’instrumentalisation croissante des enseignements, dès le plus jeune âge maintenant. Sans y souscrire complètement, on a raison de faire valoir les atouts stratégiques de la langue française, que ce soit dans la carrière académique ou professionnelle des personnes que dans le développement international d’une entreprise ou d’un pays. Même s’il a perdu beaucoup de terrain en cinquante ans, le français reste effectivement l’une des langues étrangères les plus utiles à savoir pratiquer dans de nombreuses sphères d’activités : économiques, diplomatiques, touristiques, artistiques, scientifiques…, ce qu’il faut rappeler aux étudiants et aux jeunes cadres qui ne veulent pas se contenter – à raison – d’une seule langue étrangère à leur actif.

On peut même faire l’hypothèse que promouvoir davantage la langue française comme « langue de service » permettra de désinhiber ces apprenants potentiels ou débutants et de les encourager à communiquer en français malgré un vocabulaire limité, une grammaire rudimentaire, des connaissances culturelles réduites, avant d’ensuite enrichir ce vocabulaire, d’affiner cette grammaire, de développer ces références culturelles. Cependant, il ne faudrait pas mettre en concurrence cette conception moderne d’une langue compétitive avec les valeurs culturelles et humanistes que les étrangers accordent à la langue française et qu’elle doit continuer à véhiculer dans le monde.

En tout cas, je pense qu’il entre dans les responsabilités de la FIPF non seulement d’aider les enseignants à convaincre leurs interlocuteurs en préparant un argumentaire à la fois solide et flexible, adapté aux différentes circonstances dans lesquelles le français doit être défendu, mais aussi de crédibiliser leur démarche en l’inscrivant dans une politique internationale cohérente, active et visible. Ce plaidoyer que la FIPF s’est engagée à dresser et à diffuser ne portera réellement ses fruits que s’il est élaboré en collaboration avec ces enseignants de terrain, leurs associations nationales et les commissions régionales, et en concertation avec les autres acteurs de la francophonie. Le travail de préparation collective sera d’ailleurs probablement aussi profitable que ses résultats.