Sexe, charme

La nature est bien faite: elle a rendu agréable l’accomplissement des deux fonctions indispensables à la vie de chacun, la nutrition, et à la survie de tous, la reproduction. Il faut donc partir du fait que ces activités sont aussi naturelles, nécessaires et plaisantes l’une que l’autre, à condition de ne pas y être contraints. Comme pour s’alimenter que l’on peut aussi bien faire chez soi sur un coin de table qu’à l’occasion d’une grande réception dans un palace, et y trouver un égal plaisir, le sexe peut s’apprécier dans des circonstances, selon des modalités, seul ou avec des personnes les plus variées. Dans les deux domaines, il y a de fins connaisseurs et de gros appétits, des carnassiers et des végétariens, ceux qui se contentent de fast food, ceux qui sont très délicats et diététiques, ceux qui ont besoin de coins insolites et de saveurs inédites, les adeptes des petits-déjeuners, ou des dîners, ou des goûters, des tête-à-tête à la chandelle ou de compagnie nombreuse et animée…. Il en faut pour tous les goûts! De même que ce n’est pas seulement parce qu’on a faim qu’on cuisine ou qu’on va au restaurant, il y a aussi mille raisons pour s’adonner aux pratiques sexuelles : se faire plaisir ou en donner à un partenaire, partager un bon moment en sa compagnie, échanger quelques confidences ou gentillesses, découvrir de nouvelles sensations, se détendre après une journée chargée, se mettre dans les meilleures dispositions pour dormir, rester jeune grâce à un exercice aussi bon pour le cœur que pour le cerveau, mais aussi se faire bien voir par le partenaire, revoir les termes de la relation, obtenir quelques choses de lui/elle, y compris des faveurs, pourquoi pas ?, tout est possible quand on (vous) invite à manger ou à coucher, qui sont autant des activités physiques que psychiques, personnelles que sociales, récréatives qu’utiles, pourvu que – pour la seconde – ce soit entre adultes consentants, faut-il insister.

Pas question, donc, de faire tout un plat de la sexualité dont tout le monde peut profiter d’une manière ou d’une autre. Sinon, on consultera un spécialiste, psychologue, sexologue, urologue, et on prendra des médicaments pour régler le problème. Par contre, les sentiments relèvent d’une tout autre dimension, bien plus compliquée, subtile, imprévisible, et de moins en moins liée à la sexualité, semblerait-il. On dit même qu’il est sain et prudent de faire nettement la différence, un peu comme on doit se protéger de maladies transmissibles en enfilant un préservatif avant d’avoir un rapport. Pourtant, personnellement, je dois avouer que j’ai toujours associé les pratiques sexuelles aux sentiments amoureux qui – pour moi, de nouveau – représentent non seulement le meilleur aphrodisiaque, mais leur condition sine qua non. La femme la plus sexy au monde pourrait éventuellement m’exciter, mais pas me charmer, et me laisserait donc de marbre (ses poses me feraient plutôt rire). Rien à voir avec la morale, avec la fidélité, avec la pudeur ; c’est involontaire, et je l’ai quelques fois regretté ! Cela ne veut pas seulement dire que je dois être amoureux de la personne avec laquelle je me glisse sous la couette pour rendre hommage à Éros, ce que j’aime faire autant qu’un autre, mais que je dois me sentir en harmonie avec elle. Un sérieux handicap donc dans une vie de couple, je le concède volontiers! Je suis probablement un pervers de n’être ainsi émoustillé que par la douceur, la tendresse, l’amour, comme d’autres par la lingerie, le latex, le kamasoutra?

Mais comment parler sans banalité ni grandiloquence de ce charme dont j’ai besoin dans le regard, l’attitude, les caresses de la personne aimée avec qui je fais l’amour (dans tous les sens du terme, c’est bien le cas de le dire). Toute la littérature érotique ne pourra jamais décrire, ni épuiser d’ailleurs, la générosité, l’abandon, la grâce que ressentent les amoureux, mais surtout l’accord intime non seulement entre eux mais avec la vie et le monde quand ils vont ensemble patiemment vers le plaisir. Je n’ajouterai aucune autre explication à l’inexplicable, si ce n’est que ce plaisir n’est alors plus le but mais la conséquence naturelle, en quelque sorte l’effet secondaire, de cette danse où les âmes s’aiment au rythme des corps.