Agir, accepter

Les Stoïciens ont enseigné à faire le départ entre ce dont nous sommes responsables et ce pour quoi nous ne pouvons rien. D’une part, nos actes, nos attitudes, nos pensées; de l’autre, les circonstances, le hasard, le destin. Les philosophes recommandaient de ne nous préoccuper que des premiers et d’apprendre à accepter les seconds quand ils ne nous étaient pas favorables. Par exemple, si nous ne pouvons pas empêcher qu’il pleuve, nous pouvons nous faire à l’idée que cela arrive et même prendre l’initiative d’emporter un parapluie.

Notre bonheur dépendrait de cette saine distinction car les stoïciens estiment à raison que nous avons tendance à nous inquiéter inutilement de choses qui ne dépendent pas de nous, à commencer par notre mort, ce qui nous malheureux. À l’inverse, nous ne nous rendons pas suffisamment compte que si nous agissions sur nos pensées, ce qui est à notre portée grâce à la philosophie, nous maîtriserions notre peur de la mort et nous en serions d’autant plus heureux. Nous pouvons aussi nous préparer au pire non pour le prévenir puisque cela n’est pas possible, mais nous préparer à l’accepter le cas échéant.

Cette hygiène de vie est non seulement cohérente mais salutaire, à ce détail près qu’il n’est pas facile de déterminer ce qui dépend ou non de nous  avant de décider d’agir résolument ou d’accepter sagement. Pas de problème pour la météo (quoi qu’on rende maintenant l’homme responsable du réchauffement climatique), mais pour notre état de santé, notre situation économique, notre condition social, notre environnement politique, est-on jamais sûr d’avoir tout fait pour l’améliorer avant de nous résigner à les accepter tels quels. Les penseurs, les scientifiques, les politiciens, les bienfaiteurs qui ont permis de faire des progrès dans tous les domaines ne sont-ils pas précisément ceux qui ont tenté l’impossible ?

D’autre part, sommes-nous entièrement responsables de nos actes et de nos pensées, comme le prétendent les stoïciens ou les juristes ? Notre patrimoine génétique, nos pulsions inconscientes, notre histoire personnelle, notre entourage social, les idéologies ambiantes ne nous influencent-ils pas au point où nous pouvons commettre des faits et méfaits qui ne nous ressemblent pas et qui méritent de nombreuses circonstances atténuantes. Pas de responsabilité sans liberté, or celle-ci est de plus en plus discutable dans les sociétés où les conditionnements de toutes sortes sont plus impérieux que les interdits, les menaces, les prisons.

C’est chacun en son for intérieur qui doit établir cette distinction à son propre compte, pour éviter les deux impasses que représentent l’obstination et l’aliénation.